La tenture de l’Histoire fabuleuse des Gaules. Trésor de la cathédrale de Beauvais

21 mai 2020 - 29 juin 2020 | Gratuit
  • Suite de 5 tapisseries © MUDO-Musée de l'Oise
  • Le Mariage de Francus devant la ville de Reims (détail) © DR
  • Rémus donnant sa fille en mariage à Francus (détail) - Francus sous les traits de François 1er © DR
  • Samothès et Jupiter Celte (détail) - Le Roi Samothès © DR

 

Le MUDO-Musée de l’Oise présente l’exposition La tenture de l'Histoire fabuleuse des Gaules. Trésor de la cathédrale de Beauvais jusqu'au 29 juin 2020.  Cette rare tenture de cinq pièces a été réalisée à partir de 1530 pour Nicolas d’Argillière (v. 1480-1561), chanoine de la cathédrale de Beauvais. Depuis la mort de son commanditaire, elle appartient au trésor de cette cathédrale. Propriété de l’État, protégée au titre des Monuments historiques depuis 1899, cette suite de cinq tapisseries est présentée au MUDO–Musée de l’Oise de manière exceptionnelle. 

PRÉSENTATION EXCEPTIONNELLE D'UN TRÉSOR TEXTILE

Origine. Cette tenture de laine a probablement été réalisée d’après les cartons d’un peintre flamand de l’entourage de Noël Bellemare. Si l’on ignore de quels métiers elle est tombée, son sujet – l’histoire de dix des vingt-quatre rois qui auraient régné sur les Gaules avant la conquête de César – est aussi sûrement repérable que l’identité de son propriétaire dont les armoiries figurent en bonne place sur chacune des pièces.

Iconographie. Rare, elle est directement inspirée des Illustrations de Gaule et Singularités de Troye, texte publié entre 1509 et 1512 par Jean Lemaire de Belges, d’après Anius de Viterbe. Les dix souverains représentés auraient régné sur les Gaules depuis le Déluge (ils descendent de Noé), jusqu’à la chute de Troye après s’être alliés avec la lignée troyenne issue de Francus.

Correspondances. Ce récit mythique des origines de la royauté française était particulièrement apprécié dans l’entourage de la mère de François Ier (1494-1547). C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ce souverain est représenté à trois reprises, ainsi que deux de ses fils. Plusieurs scènes font référence à l’actualité :

  • 1528 – François Ier fixe sa capitale à Paris.
  • 1530 – mariage de François Ier et d’Éléonore de Habsbourg. Retour de captivité de deux des fils de ce roi. 

 

UN TRÉSOR APPARTENANT AU PATRIMOINE LOCAL

Le commanditaire et donateur. Héritier d’une puissante famille de Clermont, Nicolas d’Argilière (v. 1480-1561), est le fils aîné de l’électeur puis lieutenant général de Clermont. De son oncle Pierre d’Argilière, chanoine de Clermont puis de Beauvais, il reprend successivement les charges dans chacun de ces deux sanctuaires, devenant sous-chantre de la cathédrale de Beauvais, à la mort de celui-ci le 28 septembre 1517. Nicolas d’Argilière exerce un rôle d’importance dans le diocèse de Beauvais, qu’il soit politique – pendant la vacance épiscopale (août 1521-août 1523) – liturgique – il contribue à l’édition d’un nouveau bréviaire, d’un graduel ou d’un antiphonaire (vers 1537) – ou financier – sa fondation de 1.600 livres permet la construction du clocher du transept de la cathédrale.

Un bien culturel lié à l’histoire de Beauvais. Probablement destinée à décorer la maison canoniale, la tenture est transportée dans la salle capitulaire à la mort du donateur le 4 juin 1561 jusqu’à la Révolution. En 1829, les tapisseries sont accrochées dans des chapelles rayonnantes du choeur de la cathédrale. En 1895, Mgr Fuzet fait transporter une partie des pièces dans le palais épiscopal. L’arrêté de classement Monument historique du 25 février 1899 protège l’intégralité de la tenture au titre des objets. Après 1905, trois tapisseries sont entreposées au musée départemental. Après l’incendie du musée consécutif aux bombardements de 1940, celles-ci rejoignent le reste de la tenture dans la cathédrale. Quatre des cinq tapisseries sont volées dans la nuit du 10 août 1974 et retrouvées en Allemagne en 1976. L’une d’elles ayant été coupée en deux, elle est restaurée en 1981.

LES CINQ PIÈCES DE LA TENTURE

Composition. La tenture représente en cinq pièces neuf tableaux de cette histoire mythique. Lorsqu’une pièce décrit plusieurs scènes, celles-ci sont séparées par une colonne ou des arbres (le plus fréquemment). Des légendes libellées en quatrains au bas de chaque scène permettent de suivre l’histoire en indiquant le règne auquel se rapporte la scène. Si la composition est statique – les rois sont représentés en pied, accompagnés de personnages de leur entourage, la ville qu’ils ont fondée ou une évocation de leur royaume à l’arrière-plan – deux des pièces (IV et V) sont narratives.

Récit et symbolique. Le sujet de la tenture illustre la volonté de reconstruire l’origine des Gaulois à l’instar de Jean Lemaire de Bègles dans ses Illustrations de Gaule et Singularités de Troie ; descendants de Noé, les Gaulois deviennent les ancêtres des Troyens (à l’inverse de ce qu’affirmait la tradition). Cette filiation rattache les Gaules à l’héritage biblique, ce dont témoigneraient leurs moeurs puisque leur religion serait une préfiguration du christianisme. Samothès, quatrième fils de Japhet, peuple la Gaule dont il devient le premier roi. Ses successeurs règnent sur un peuple civilisé. Dardanus, frère proscrit du roi Jasius fonde Troie. 

I - SAMOTHÈS ET JUPITER CELTE (À gauche) Samothès, fils de Japhet, institué premier roi des Gaules par Noé son grand-père, débarque depuis les côtes méditerranéennes (à l’arrière-plan) et donne à ses sujets un code de lois, leur enseigne l’astronomie, la philosophie, la grammaire, l’immortalité de l’âme et l’écriture : il est représenté un sceptre à la main et brandissant une tablette gravée des lettres, de A à F (il est l’inventeur de l’alphabet galate). Il est accueilli par un homme qui le salue. L’arrière-plan est marqué par la représentation d’un bateau et de paysages de la Gaule bordés par l’océan et la Méditerranée, parcouru par le Rhône et la Seine. (À droite) Jupiter Celte, neuvième roi des Gaules regarde deux ouvriers débiter un bloc de pierre sous l’observation d’un jeune garçon situé derrière eux, une ville à l’arrière-plan. 

II - HERCULE de LIBYE

Hercule de Libye, dixième roi des Gaules, devient roi à la suite de son mariage avec Galathée, fille de Jupiter Celte. La famille royale – Hercule, Galathée et leur fils Galathès – est représentée entourée de courtisans. Hercule monte sur le trône à la mort de Jupiter Celte et fonde Alésia (la ville représentée à proximité d’une ferme, à l’arrière-plan ?).

III – GALATHÈS ET LUGDUS

(À gauche) Galathès, onzième roi des Gaules après avoir été établi par Hercule, son père, à l’âge de vingt-cinq ans. Il est représenté debout devant une carte montrant les principaux fleuves et provinces de Gaule, les animaux qui les peuplent, entouré de trois compagnons. (À droite) Lugdus, treizième roi des Gaules et petit-fils de Galathès est le fondateur de Lyon. Le souverain est représenté devant sa ville.

IV – BELGIUS, DARDANUS et PÂRIS – LA MORT DE JASIUS

(À gauche) Belgius, quatorzième roi des Gaules est le fondateur de Beauvais. Il figure, le sceptre à la main, devant sa ville entourée de fortifications (dont la porte de Bresles), l’église Notre-Dame-du-Châtel, le palais épiscopal, la scène dominée par la cathédrale dont le transept est en construction. À l’arrière-plan, Clermont-en-Beauvaisis (d’où est originaire Nicolas d’Argillière), ville dont on reconnaît le donjon, l’hôtel de ville et l’église principale. (Au centre) Le meurtre du roi Jasius. Belgius étant mort sans descendant légitime, les Gaules élurent Jasius, roi d’Italie. Dardanus, frère de Jasius entra en guerre contre lui puis, après une apparente soumission, l’assassina avant de s’embarquer pour la Grèce où il fonda Troie, d’où la représentation de la fuite en bateau et celle de la ville de Troyes. (À droite) Pâris, dix-huitième roi des Gaules est représenté sous les traits de François Ier accompagné de trois courtisans. La ville de Paris est identifiable grâce aux tours de la cathédrale Notre- Dame et à la tour Saint-Jacques.

V – RÉMUS DONNANT SA FILLE EN MARIAGE À FRANCUS

Francus, fils d’Hector (frère de Pâris) épouse la fille de Rémus, vingt-troisième roi des Gaules. Francus devient vingt-quatrième roi des Gaules. La scène est une allusion au mariage de François Ier avec Éléonore d’Autriche (1530). Frère de Romulus, Rémus est représenté devant la ville de Reims qu’il a fondée et dont on reconnaît la cathédrale Notre-Dame, la basilique Saint-Rémi et l’église Saint-Jacques.

Cette exposition a été rendue possible grâce au soutien de la DRAC Hauts-de-France (Conservation Régionale des Monuments Historiques). 

 

ENTRÉE GRATUITE

Exposition visible tous les jours de 13h à 18h (sauf le mardi)

Renseignements au 03 44 10 40 50 - contact.mudo@mudo.oise.fr