Paysage, 2e moitié du 19e siècle

RIBOT Théodule

Saint-Nicolas-d'Attez (Eure), 1823 ; Colombes, 1891

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© RMN-Grand Palais (MUDO - Musée de l'Oise) / René-Gabriel Ojéda - Utilisation des photographies soumise à autorisation

Peinture à l'huile sur toile sur châssis. Cadre en bois mouluré, doré à ornementations moulées, avec cartel « RIBOT ».

H. 21,2 cm ; L. 40,7 cm ; Ep. 2 cm ; Pds 5,2 Kg (toile + cadre)

legs

77.211

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Acquis en vente publique par Maurice Boudot-Lamotte à Paris, hôtel Drouot, le 2 octobre 1935.

Célébré à la fin du XIXe siècle, oublié aujourd'hui, Théodule Ribot fut l'un des maîtres des scènes de genre et des sujets religieux. Né en 1823, il expose pour la première fois au Salon de 1861. Ribot-Ribera, tel est le surnom que la critique lui trouve et qui le suivra jusqu'à la fin de sa carrière. Il lui est accordé à juste titre, car c'est un familier de la peinture espagnole qu'il découvre dans les collections La Caze et Laperlier du Louvre, et copie assidument. Chez Murillo, Ribera ou Zurbaran, il admire particulièrement la franchise du clair-obscur : du blanc pur au noir le plus profond. Les paysages comme celui-ci sont particulièrement rares dans sa production. Peintre d'intérieur, il s'installe systématiquement dans de petits ateliers-greniers avec pas ou peu d'éclairage, ceci pour rendre encore plus violente la crudité de ses clairs obscurs. Choqué par la dégradation, au moment des événements de 1871, des 150 toiles qu'il conservait, avec l'espoir de les vendre, dans son atelier d'Argenteuil, il déménage avec sa famille à Colombes. Il y vit replié sur lui-même, ne participant qu'à quelques Salons et expositions, jusqu'à sa mort en 1891. Grâce au critique Roger Marx, nous savons que pendant cette dernière période d'activité, entre 1871 et 1891, il effectue des esquisses, aujourd'hui disparues, de la campagne environnante (« Cartons d'artistes. Théodule Ribot (1823-1891) », « L'Image », février 1897, pp. 71-77). Il est probable que notre paysage soit une de ces études sur carton, postérieurement marouflées sur toile. Ce paysage vallonné est structuré par un chemin tournant vers la droite : sur le vallon de droite quelques bâtisses, rien sur celui de gauche. L'horizon est bouché par une autre langue de terre sur laquelle se dressent quelques arbres. Dans un camaïeu de bruns et de gris, seul se détache le point blanc du bonnet de la vielle femme avançant vers le spectateur au premier plan. Au-delà de ce traitement de la couleur qui ne l'éloigne guère de la peinture espagnole, il est à noter que les frêles silhouettes des arbres se détachant à peine du ciel évoquent ceux des Corot de Mortefontaine. Preuve que Ribot l'indépendant, tel que Fantin-Latour, Roll, Monet, Rodin, Lalo, Puvis, etc. l'avaient nommé lors d'un banquet en son honneur en 1884, avait aussi su regarder les paysagistes de son temps. D'ailleurs, l'un des seuls autres paysages de Ribot, que l'on conserve encore, représente la maison de Corot à Ville-d'Avray (dépôt du musée d'Orsay au musée d'art et d'histoire Baron-Gérard à Bayeux) : pèlerinage et hommage ainsi rendu à l'un des maîtres du paysage du XIXe siècle. (Isabelle Mauchin)