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Sainte Barbe

attribuée à Jean Le Pot - première moitié du XVIe siècle
  • attribuée à Jean Le Pot Région d’Arras, ? – Beauvais, 1563 Sainte Barbe (première moitié du XVIe siècle)
    Attribuée à Jean Le Pot (Région d’Arras, ? – Beauvais, 1563) Sainte Barbe Chêne, décor dans la masse, 177 x 63 x 10 cm Propriété de l’État conservée par la cathédrale de Beauvais, dépôt au musée en 1909, Inv. 09.1
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    © MUDO – Musée de l’Oise / Jean-Louis Bouché

     Taillée dans un bloc de chêne, probablement polychrome à l’origine, la sainte est représentée comme une jeune femme aux longs cheveux ondulés, vêtue d’un manteau dont les plis amples animent le bas du corps. Elle tient d’une main le livre ouvert des Saintes Écritures et tenait de l’autre la palme des martyrs, dont il ne subsiste que la base. À ses côtés s’élève une haute tour ronde percée de trois fenêtres, son attribut principal qui fait référence à un épisode de sa légende.

     Selon les martyrologues et La Légende dorée de Jacques de Voragine (un moine dominicain du XIIIe siècle) sainte Barbe est la fille d’un roi d’Orient, Dioscore. D’une très grande beauté, Barbe reçoit de nombreuses demandes en mariage qu’elle refuse. Son père décide alors de faire construire une tour où sa fille pourra vivre retirée du monde. Lors d’une absence de Dioscore, Barbara reçoit la visite d’un ange qui la convertit au christianisme. Pour marquer sa foi, Barbe fait ouvrir dans la tour une troisième fenêtre, symbole de la Trinité. À son retour, le père furieux la poursuit épée à la main. Barbe trouve alors refuge dans un rocher qui s’entrouvre. Trahie, elle est finalement rattrapée par Dioscore qui veut lui faire abjurer sa foi en la torturant. N’obtenant aucun succès, il finit par décapiter sa fille de sa propre main. Aussitôt, la vengeance divine se manifeste par un éclair qui foudroie Dioscore et le réduit en cendres.

     Ainsi, sainte Barbe fut invoquée contre le tonnerre, les explosions ou les incendies. Elle est la patronne des artilleurs, des mineurs (pour prévenir les coups de grisou) et celle des pompiers. Plus largement, à la fin du Moyen Âge, sainte Barbe était censée protéger contre toutes les formes de mort subite, c'est-à-dire sans que les derniers sacrements aient pu être administrés. Cela explique son succès dans une époque troublée par les épidémies et la guerre.

     Magnifique exemple d’un art de tradition médiévale nuancé de quelques apports de la Renaissance qui s’épanouit dans le Beauvaisis au XVIe siècle, Sainte Barbe, qui se trouvait autrefois dans la cathédrale, est attribuée à Jean Le Pot, sculpteur originaire de la région d’Arras. Il est notamment l'auteur des vantaux des portes de la cathédrale et de nombre d’œuvres aujourd’hui disparues. La famille des Le Pot s’allia par mariages avec celle des Leprince dont l’un des principaux membres était Angrand, un célèbre maître-verrier. De ces alliances naquit une véritable dynastie d’artistes (sculpteurs, peintres et verriers) qui rayonna sur la région au XVIe siècle et en fit un centre artistique de premier plan.