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Madone ronde

Tamara de Lempicka - 1937
  • Tamara de Lempicka Varsovie, 1898 – Cuernavaca (Mexique), 1980 Madone ronde (1937)
    Huile sur bois, 34 cm de diamètre Don de l’artiste en 1976, Inv. 76.254
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    © RMN-Grand Palais (MUDO – Musée de l’Oise) / Martine Beck-Coppola – © Tamara Art Heritage / ADAGP

     Cette œuvre de Tamara de Lempicka évoque, par sa forme, le tondo de la Renaissance italienne, un tableau peint sur un support de format rond. Il exprime ainsi l’idée de perfection et de protection, qui convient parfaitement au sujet religieux, une Madone, c’est-à-dire une représentation de la Vierge Marie.

     La Vierge est figurée en buste, dans un cadrage rond très resserré, drapée dans son manteau bleu et la tête recouverte d’un voile blanc qu’elle tient de la main droite. Tamara de Lempicka se serait inspirée d’une étude dessinée de Michel Ange pour Sainte Anne et la Vierge Marie du Musée du Louvre. La profonde vénération de l’artiste pour les maîtres renaissants italiens transparaît dans le traitement formel : pureté graphique, netteté des contours, surface lisse, travail en glacis. L’influence de Michel Ange se fait sentir dans les formes sculpturales du visage, du cou et de la main. La figure virginale, projetée en gros plan, se détache sur un fond bleu, touchant les limites de la surface peinte en plusieurs points, rappelant cette horreur du vide, qui caractérise les artistes maniéristes de la Renaissance tardive, tels Jacopo da Pontormo (1494-1557), pour lequel Tamara de Lempicka avait une grande admiration. Les couleurs métalliques, révélées par la lumière, et la forte animation des drapés rappellent également ce maître. Les yeux levés vers le ciel et le regard extatique, inondé de la lumière divine, font penser aux œuvres de Rosso Fiorentino, dit Le Rosso (1494-1540), autre artiste maniériste. Cette puissante Madone combine donc astucieusement le portrait classique, l’élégante et raffinée stylisation maniériste, mais aussi les techniques modernes de l’art publicitaire et de l’affiche ou du cinéma : éclairage, sens du graphisme, choix des plans.

     L’artiste a soutenu, dans les journaux américains de l’époque – l’œuvre a sans doute été exposée à San Francisco et à Los Angeles en 1941- que « le sujet religieux a été choisi pour faire contrepoids à la mort et à la destruction qui envahissaient l’Europe à ce moment-là » (d’après Martina de Luca, 1994.) Dans le milieu des années 30, Tamara de Lempicka vit en effet une période difficile, la dépression succédant aux crises mystiques, crise profonde, qui la pousse à s’établir aux Etats-Unis avec son mari en 1939, quand éclate la Seconde Guerre mondiale. De nouveaux sujets apparaissent alors : Madones, portraits de religieuses larmoyantes, vieillards, pauvres et mendiants. Nous sommes loin des œuvres qui l’ont consacrée « icône de l’Art déco », dans lesquelles elle portraiturait le Tout Paris, elle-même femme fatale, excentrique et narcissique, égérie des photographes et des couturiers (Chanel, Schiaparelli), œuvres emblématiques en peinture de ces Années Folles.