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L’Enrôlement des volontaires de 1792, 1848-1852

Thomas Couture - 1848-1852
  • Thomas Couture Senlis, 1815 – Villiers-le-Bel, 1979 L’Enrôlement des volontaires de 1792, 1848-1852 (1848-1852)
    Huile sur toile, 490 x 927 cm Dépôt du Centre National d’Art Contemporain en 1977, Inv. 77.448
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    © MUDO – Musée de l’Oise / Philip Bernard

    Fort de l’énorme succès rencontré au Salon de 1847 avec une vaste composition Les Romains de la décadence (musée d’Orsay), le peintre senlisien Thomas Couture s’attelle à un autre grand projet, peindre une immense toile représentant un événementy historique, l’enrôlement des volontaires de 1792, alors même qu’éclate la révolution de 1848. L’artiste, nourri aux idées de l’historien Jules Michelet, veut transcrire dans cette œuvre l’enthousiasme d’un peuple se rassemblant, toutes classes sociales confondues, pour défendre la patrie envahie. La composition montre au premier plan une disposition en frise de personnages à forte valeur symbolique : parmi les volontaires figurent un prêtre, les canonniers, un porte-enseigne et un porte-drapeau, le noble et l’ouvrier marchant côte à côte, et enfin un officier à cheval. Derrière eux figurent ceux qui restent : magistrats, vieillards et enfants, femmes présentant leurs bébés. Dans la partie supérieure de la toile, la composition pyramidale s’organise autour de soldats volontaires venant signer leur engagement sur une table improvisée, posée sur des tambours et surmontée du drapeau portant l’inscription « La Patrie est en danger ». Deux allégories ailées tendent un bras vengeur dans la direction des troupes ennemies.

    Comme il en avait l’habitude, Couture multiplia à l’envi les esquisses dessinées et peintes. Toutefois, pour des raisons encore difficiles à éclaicir, son tableau resta inachevé. Certaines parties sont à peine esquissées, alors que d’autres sont pratiquement terminées. Couture lui-même l'explique par les évènements historiques. En effet, la commande de la toile, peut-être destinée à orner la salle des séances de l’Assemblée nationale, a été entérinée par le gouvernement de la Seconde République. Le thème et la vision idéalisée de l'enrôlement que donnait Couture avait tout pour séduire la jeune République. Mais vint rapidement le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte et l’instauration du Second Empire. Selon Couture, la nouvelle administration suspendit la commande en déclarant le tableau trop démagogique. L’artiste proposa alors un certain nombre de modifications. La plus importante fut le remplacement, par un porte-drapeau, de la figure centrale de la jeune femme couronnée de lauriers, assise sur le train avant du canon, image de l’héroïne Théroigne de Méricourt : elle pouvait être interprétée comme une allégorie de la liberté. Malgré ces changements, les relations entre l’artiste et l’Empire ne firent que se dégrader.

     Mais Thomas Couture laissa plusieurs grandes compositions inachevées, preuve probable d’une difficulté de l'artiste à finir ses toiles. Certaines figures de L’Enrôlement sont idéalisées, comme celles du noble et de l’ouvrier ; d’autres au contraire sont très réalistes, ainsi les visages et les pieds des canonniers. Alors que le corps du porte-enseigne rappelle la tradition classique, les allégories évoquent la fougue romantique. Dans cette œuvre monumentale, Couture peine à offrir une synthèse harmonieuse des différents courants artistiques de son temps. Toutefois, son art et sa technique influenceront certains de ses élèves dont le célèbre Édouard Manet.