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La Vasque de l’Académie de France à Rome

Jean-Baptiste Camille Corot - 1827-1828
  • Jean-Baptiste Camille Corot Paris, 1796 – Paris, 1875 La Vasque de l’Académie de France à Rome (1827-1828)
    Huile sur toile, 25,3 x 38,5 cm Achat avec la participation du FRAM en 1984, Inv. 84.82
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    © RMN-Grand Palais (MUDO – Musée de l’Oise) / Martine Beck-Coppola

     Lors de son premier séjour à Rome entre 1825 et 1828, Corot s’intéressa de près au motif de la vasque de la villa Médicis qu’il avait déjà pu observer interprété par son maître, le peintre paysagiste Achille-Etna Michallon (1796-1822). Au cours de sa carrière, Corot représenta au moins cinq fois cette vue : un dessin et quatre peintures dont une sur bois sont conservés. Notre version, comme les cinq autres, place le spectateur à l’entrée de la villa, sur la terrasse qui offre un panorama imprenable sur Rome et la cité vaticane. La vasque encadrée de deux arbres feuillus est vue en légère contre-plongée. Cet effet permet à Corot de faire visuellement émerger la basilique Saint-Pierre de la conque de la fontaine. Corot pousse encore le formalisme en appuyant le parallèle entre les coupoles de Saint-Pierre et le bulbe du jet d’eau. Comme un jeu de mots, ce jeu de formes rapproche ainsi dans l’œil du spectateur le premier et l’arrière plans. À quelques pas du bassin, presque confondu avec le tronc de l’arbre de droite, se tient un prêtre. Corot offrit ce tableau au peintre Hippolyte Flandrin (1809-1864) qui avait, lors de son séjour à Rome dans les années 1830, l’habitude de se signer avec l’eau de la vasque en contemplant religieusement le dôme de Saint-Pierre. Indémontrable, ce séduisant faisceau d’indices d’interprétation permet en tout cas de remettre en cause la spontanéité de la peinture de Corot qui, s’il dessinait et peignait en extérieur, recomposait toujours ses œuvres en atelier.

     Les différentes versions de cette vasque de l’Académie de France peintes par Corot ont posé beaucoup de problèmes aux historiens d’art : s’agit-il de copies autographes ? De quand datent-elles ? Ont-elles toutes été composées sur le motif lors de son premier voyage à Rome, ou certaines ont-elles été produites bien plus tard dans son atelier parisien sur la base d’une esquisse ? Toutes ces questions restent encore largement débattues, même si notre tableau semble bien être le plus abouti de tous. En effet, la composition qui fait de la pointe du dôme de Saint-Pierre l’axe de symétrie verticale du tableau est savamment étudiée. Le prêtre se détache plus nettement du tronc de l’arbre que dans les autres versions ; le contraste entre le contre-jour de l’avant-plan et la pleine lumière éclairant Rome est particulièrement bien maîtrisé ; les contours des monuments de l’arrière-plan sont très dessinés, et la facture léchée.

     Depuis l’installation de l’Académie de France à Rome dans la villa Médicis en 1803, la vasque et le panorama de la terrasse ne cessèrent d’inspirer les artistes. Ainsi, à la suite de Corot, certains photographes, comme Pompeo Molins, s’en emparent. Les peintres aussi, comme Maurice Denis, rendent hommage à leur prédécesseur en proposant leur interprétation du même sujet. De nos jours, le lieu fascine toujours autant les artistes : Ange Leccia, par exemple, réenchanta les lieux avec ses vidéos réalisées lors de son séjour romain entre 1981 et 1983. Le musée en présenta d'ailleurs un montage unique lors de l’exposition Ange Leccia organisée en 2013.