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La Querelle d’Achille et d’Agamemnon

Giovanni Battista Gaulli, dit Il Baciccio - vers 1695
  • Giovanni Battista Gaulli, dit Il Baciccio Gênes, 1639 – Rome, 1709 La Querelle d’Achille et d’Agamemnon (vers 1695)
    Huile sur toile, 149 x 222 cm Achat en 1963, Inv. 63.95
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    © RMN-Grand Palais (MUDO – Musée de l’Oise) / Thierry Ollivier

     Pendant un temps lue comme le moment précédant le combat entre Achille et Hector, cette œuvre représente en réalité la querelle entre Achille, chef des Myrmidons, et Agamemnon, roi dirigeant l’expédition grecque contre Troie. À l’origine de cette dispute se trouve Briséis, une prisonnière offerte à Achille, mais réclamée par Agamemnon. Se révoltant contre l’autoritarisme du roi, Achille menace de se retirer du combat avec ses troupes. Dans sa colère, il s’apprête même à tuer Agamemnon. Mais Athéna, dépêchée par Héra, arrête sa main. Pendant ce temps, le vieux Nestor essaie de calmer les esprits. Dans notre tableau, Agamemnon se tient à gauche ; Achille à droite repousse son épée dans son fourreau à la demande d’Athéna qui flotte dans les airs. Entre les deux protagonistes, le sage Nestor tourne lui aussi le regard vers la déesse. En agent pacificateur, Athéna n’a pas besoin de ses armes tenues par deux putti qui volent face à elle. Héra accompagnée du paon, son animal attribut, voit depuis les cieux le succès de l’intervention qu’elle a provoquée.

     Cette œuvre est directement inspirée d’une gravure de Robert van Audenaerde pour laquelle Gaulli avait fourni le dessin. Elle servit de frontispice à une thèse dédicacée au pape Innocent XII. On y trouve un cartouche renseignant sur les intentions de son auteur :

« O Saint Père, comme tu t’es manifesté à nous, nous te montrons Pallas [autre nom d’Athéna] rappelant à l’union les princes des Grecs à Troie, loin de la terre natale. Avec l’espérance d’un heureux succès, nous te demandons d’essayer d’unir, autant qu’il te sera possible, les princes d’Europe contre les Thraces. […] »

     Cet exemple montre bien comment les Occidentaux du XVIIe siècle utilisent la mythologie grecque, et comment ils mêlent cette culture au christianisme. Il est très probable que la date de notre tableau soit la même que celle de la gravure – 1693 – et qu’il s’agisse d’une commande papale.

      Le peintre, Il Baciccio, est l’une des figures majeures de la peinture romaine de la seconde moitié du XVIIe siècle. Il est notamment l'auteur des fresques de l’église du Gesù à Rome. Le tableau de Beauvais correspond à la dernière manière de l’artiste. Les personnages sont comme disposés en frise dans une composition très linéaire et symétrique. Par opposition, les draperies baroques aux mouvements compliqués mettent en valeur l’action des personnages principaux, et cassent la sobriété de la toile en créant un rythme. Les coloris frais, lumineux, un peu glacés donnent à cette œuvre d’inspiration guerrière tout son charme.